Sevran inquiet des risques d’effondrement liés au gypse

 

Carole Sterlé | 06 Avril 2016, 16h32 | MAJ : 06 Avril 2016, 22h30      (LP/infographie.)

Trois zones (en rouge) sont considérées comme à fort risque d’effondrement localisé sur Sevran.



A peine 20 heures à Sevran, et déjà la salle des fêtes est comble ce mardi soir. Trois cents personnes sont assises dans la pénombre face à un grand écran, au bas duquel sont rassemblés spécialistes en géologie, un responsable de l’inspection générale des carrières, des représentants de l’Etat et du service urbanisme de la ville.

« On sait qu’on vit sur un gruyère »

Objet de la réunion : les risques liés au gypse. Le gypse, c’est cette roche beigeâtre particulièrement soluble dans l’eau, située à 5, 10 ou 55 m sous terre, qui peut provoquer des « fontis », une sorte de cavité qui si elle remonte en surface provoque un effondrement de terrain. « On sait qu’on vit sur un gruyère, la question est de savoir quand ça va s’effondrer », souffle stoïquement Pascal, la soixantaine, venu chercher des informations sur de nouveaux risques qui pèsent fortement sur trois secteurs de la ville.

 

« Plusieurs fontis survenus en 2012 ont poussé l’Etat à commander de nouvelles études », détaille Clarisse Durand, de la direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie (DRIEE). Les résultats ont été communiqués à la ville de Sevran en avril 2015, qui en a tenu compte pour son plan local de l’urbanisme, voté fin 2015. Les habitants ont pu s’en faire une idée, en découvrant dans leur boîte aux lettres, en mars, un document explicatif joint au journal municipal. Sur une carte apparaissent en rouge les zones à « fort risque ».

130 sondages du sol dans la ville avant la construction du supermétro

Mardi soir, les questions sont nombreuses. « En combien de temps ça peut remonter ? » s’inquiète un habitant qui vit en zone rouge. « Ça dépend de la résistance du terrain, lui répond un spécialiste, mais en général c’est assez rapide et brusque. »

« Aux Sablons, nos pavillons ont été construits il y a plus de 40 ans, est-ce que des mesures ont été prises à l’époque ? », poursuit un autre. Après 1977, oui, expliquent les spécialistes. Avant, c’était juste de l’ordre de la recommandation.

Quid des récents permis de construire délivrés pour la rue Lucien-Gélot ou l’ancienne friche Westinghouse ? « L’inspection générale des carrières a autorisé la délivrance des permis », assure une responsable du service de l’urbanisme de Sevran.

Sans feu vert des carrières, point de permis de construire. A Sevran, lorsqu’on bâtit une école comme un autre équipement, il faut s’entourer de précaution et renforcer les fondations. Pour les deux futures gares du supermétro qui seront à Sevran, la société du Grand Paris a fait réaliser pas moins de 130 sondages dans le sol de la ville.

Le conseil : surveiller les fissures

En guise de conseils, on préconise de ne pas bétonner son jardin, de surveiller les fissures, les écoulements d’eau et surtout ne pas hésiter à s’informer auprès de l’inspection des carrières comme de la ville.

« Et nos voisins ? J’habite à 30 m de Livry, intervient une propriétaire. Si on revend, on va baisser les prix de nos maisons... Que se passe-t-il pour les villes voisines ? » Le gypse ne s’arrête pas aux frontières de Sevran. Des photos d’effondrements à Villepinte ou dans le Val- d’Oise en témoignent.

Pour l’instant, Sevran est la seule ville à avoir organisé ce type de réunion. « Ce n’est qu’une première rencontre, pour l’élaboration du plan de prévention des risques », promet le maire (UDE) Stéphane Gatignon qui invite les spécialistes à revenir dans les réunions de quartier concernées, pour affiner les réponses.

Deux pavillons vont être rasés























La ville a racheté les maisons pour les démolir

La ville, qui avait avancé les frais de remblaiement, vient de voter dans son budget 2016 le rachat des pavillons pour pouvoir les démolir. Montant de l’opération : 520 000 €, précise le maire, qui compte sur un remboursement de l’Etat par l’indemnisation du fonds Barnier, prévu pour ce genre d’opération. Encore faut-il que la procédure soit validée par l’Etat. Une fois rachetés, les pavillons seront rasés et la zone déclarée inconstructible. Dans la salle, une autre voisine se lève, inquiète : « mais si on démolit les deux maisons à côté, la nôtre va s’écrouler ! » On l’invite à se rapprocher de l’inspection générale des carrières pour une analyse plus fine de sa parcelle.

C.S.

 

Dégâts dans un pavillon, frappé par un affaissement en 2014 à Sevran. Il devra être rasé, comme la maison voisine. (DR.)

Le désarroi d’une famille s’est aussi fait entendre mardi soir lors de la réunion. « J’ai une interdiction d’habiter et je vis encore dans ma maison ! Personne ne fait rien ! » se désole une mère de famille en prenant le micro. Elle vit dans l’un des deux pavillons frappés par un affaissement de terrain en août 2014 dans un quartier situé entre le centre-ville et Rougemont.

Sa fille a été relogée mais plusieurs membres de la famille vivent encore ici, depuis plus d’un an et demi, en se demandant quand le « toit va nous tomber dessus ». La reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle peut prendre 18 mois.

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